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E J Moeran
Ernest
John Moeran, Jack pour ses amis,
est né à Heston en Angleterre le 31 décembre
1894. Il est le second fils du révérant JWW
et d'Esther Moeran. Peu après sa naissance la famille
déménagea à Bacton, dans le lointain
pays du Norfolk Fen Country. Durant son enfance il apprit
le violon et le piano et s'essaya à ses premiers essais
de composition à Uppingham School (partitions qu'il
détruira par la suite).
Archive audio recording: On
his early childhood
En 1913 il rejoignit le Royal College of Music
où il étudia le piano et la composition sous
la direction de Sir Charles Stanford. Son apprentissage fut
stoppé net par l'arrivée abrupte de la guerre
où il fut enrôlé en 1914 comme messager
motocycliste dans le sixième bataillon du Norfolk Regiment.
Archive audio recording: On
joining the Royal College of Music
Le 3 mai 1917 à Bullecourt en France
Moeran est sérieusement blessé à la tête
par des éclats d'obus encastrés trop près
du cerveau pour être enlevés. Il subit alors
une opération médicale que l'on peut jugée
aujourd'hui assez primaire et qui impliqua pour Moeran la
présence à vie d'une plaque de métal
à l'intérieur du crâne. Il traînera
cette blessure pour le restant de sa vie.
The Moeran House in Bacton, Norfolk,
c.1920
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Après avoir quitté l'armée
avec une pension d'invalidité il rentra brièvement
à Uppingham pour enseigner avant de retourner au Royal
College reprendre ses cours de musique sous la direction de
John Ireland. Cette période, la plus active de sa création,
vit naître un grand nombre de ses premières uvres
significatives, incluant le quatuor à cordes en la
mineur, la première rhapsodie pour orchestre, le trio
avec piano, la sonate pour violon et de nombreuses pièces
pour piano. A partir de cette époque Moeran a aussi
commencé à collectionner les chansons populaires
(folk songs). Il fréquentait régulièrement
les pubs, tout particulièrement ceux de son Norfolk
natal, et notait les vielles chansons que l'on pouvait encore
entendre à cette époque.
Moeran arrangea certaines de ces chansons populaires
et les rassembla tout le long de sa vie dans une grande variété
de formation allant du solo au chur vocal. Certaines
d'entre elles pour voix et piano comme les Six Folksongs from
Norfolk, les Six Suffolk Folksongs et les Songs from County
Kerry sont d'un intérêt tout particulier.
Au milieu des années 20 Moeran se lia
d'une amitié profonde avec Philip Heseltime, compositeur
mieux connu sous son nom appellation littéraire de
Peter Warlock. En 1925, en compagnie de l'artiste Hal Collins,
ils louèrent ensemble une maison à Eynsford
dans le Kent où ils vécurent pendant trois ans
d'une vie que l'on disait assez libre dans une ivresse d'anarchie
qui leur apportaient tout un bataillon de visiteurs musiciens
et artistes et l'attention occasionnelle de la police locale.
Cette période fut aussi un déclin incompréhensible
dans la régularité de la production musicale
de Moeran. On considère aussi que c'est à Eynsford
que Moeran tomba vraiment dans l'alcoolisme qui le handicapa
si souvent durant le reste de sa vie.
En quittant cette maison lorsque ses finances
devinrent trop maigres Moeran évolua vers un renouveau
stylistique qu'il l'amena vers ses premières influences
avec des compositeurs comme Delius et Ireland, en particulier
dans son utilisation de l'harmonie. Les premières uvres
instrumentales qui témoignèrent de ce changement
sont la sonate pour deux violons et le trio à cordes,
partitions écrites durant une période de maladie
persistante et pour la première fois élaborées
directement sur le papier et non à travers des expérimentations
sur le clavier, comme le fut le cas pour le cycle choral Songs
of Springtime (Chansons du Printemps).
Archive audio recording: On
Ireland
"Gravel Hill" - in Kington,
Herefordshire, where Moeran lived on and off later in
his life, c.1940
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Ce fut aussi à cette époque que
Moeran commença à montrer un intérêt
grandissant pour les traditions irlandaises - son père
était né à Dublin avant de rejoindre
l'Angleterre, de plus Moeran a vécu quelques temps
en Irlande lorsqu'il servait dans l'armée. Mais ce
n'est pas avant les années 30 que Moeran commença
à associer ses compositions non plus à la campagne
du Norfolk mais à l'Irlande, en particulier la région
du County Kerry dans le lointain sud ouest du pays. Il devint
surtout amoureux de la petite ville de Kenmare, et pour la
plus grande partie du reste de sa vie ce fut ici qu'il retourna
pour chercher son inspiration musicale.
L'uvre qui l'occupa largement pendant
les années 30 était en fait une commande qui
avait été commencée dès 1924,
c'était sa symphonie en sol mineur. Presque terminée
à la fin des années 20, Moeran arrêta
subitement de travailler dessus avant de ne la reprendre qu'en
1934 et de la terminer finalement le 24 janvier 1937 dans
le Kerry. Le succès de cette partition majeure augmenta
la confiance de Moeran en lui-même et presque aussitôt
il commença à travailler sur ce qui semble être
pour certains le compagnon naturel à la symphonie :
le concerto pour violon. Ce dernier, achevé en 1942
après cinq années, est imprégné
de lyrisme et d'esprit irlandais. Alors que la symphonie plongeait
souvent l'auditeur dans la mélancolie et le désespoir,
le concerto pour violon semble offrir un espoir et un éclaircissement
en réponse.
The view from Moeran's study in
Gravel Hill, 2000
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Cependant, une fois de plus le pays tomba dans
la guerre. Alors que les années 40 s'écoulaient,
il se maria avec la violoncelliste Peers Coetmore et écrivit
pour elle son concerto pour violoncelle et sa sonate pour
violoncelle. Les autres uvres majeures de cette période
comprennent la Sinfonietta, la troisième rhapsodie
pour piano et orchestre créée aux Prom's (à
la dernière minute il fut tenté d'écrire
un véritable concerto pour piano), la Fantasy Quartet
pour hautbois et cordes et la sérénade en sol
majeur.
Archive interview recording:
on plans for his second symphony.
Mais alors que la fin de la décennie
approchait sa santé déclina. Moeran était
en lutte avec une seconde symphonie qui semblait imminente
à divers moments mais qui ne fut jamais achevée
et dont le manuscrit disparu en fin de compte. Son mariage
avec Peers, qui n'était pas destiné à
être l'une de ces grandes romances, était plutôt
instable et son alcoolisme persistait. En 1950 il vivait avec
une santé très précaire à Kenmare,
s'inquiétant que son instabilité ait pour résultat
de le faire déclarer comme un malade mental incapable
de se concentrer plus d'une seconde.
Le 1er décembre 1950 au cours d'une violente
tempête on l'aperçut tomber à la mer depuis
la digue de Kenmare, on le retrouva mort lorsque la mer le
restitua. La cause de la mort semble être une hémorragie
cérébrale consécutive à une attaque
cardiaque. Il fut enterré peu de temps après
à Kenmare.
Traduction: Benjamin Viaud
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